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Bonjour la #TeamHairLover ! Pour une fois et cela depuis bien longtemps, je vous propose de vous parler d'un livre qui m'a énormément plu, pour ne pas dire marquer !

 

 

Peau noire, cheveu crépu - l'histoire d'une aliénation
Peau noire, cheveu crépu - l'histoire d'une aliénation

 

Deux ans ! Il m'aura fallu deux ans pour venir à bout de ce livre ! Cependant, si on enlève l'année 2016, il m'aura fallu exactement neuf mois pour lire ce livre, car je ne suis pas une grande lectrice. Qui plus est, ce livre renvoie à d'autres ouvrages et emploi un style très différent de ce que j'ai l'habitude. Lire ce livre fût un excellent exercice pour moi, car je sais désormais que je suis capable d'en lire d'autres. Croyez-moi, une fois la première phrase entamée, vous aurez envie d'en savoir plus et donc d'aller jusqu'au bout !

Pour en revenir à notre livre du jour, commençons par l'auteure. Mme Juliette Sméralda est :

  • une docteure en sociologie ;
  • une sociologue Martiniquaise ;
  • une chargée d'enseignement à l'institut universitaire de formation continue (UFC) de l'Université des Antilles, pôle Martinique ;
  • une consultante ;
  • une chercheuse associée au laboratoire CEREGMIA ;
  • auteure de nombreux essais et articles scientifiques consacrés aux problématiques sociales, culturelles et identitaires des sociétés antillaises issues de l'esclavage et de la colonisation.

Vous voilà prévenue, Mme Sméralda est une personne cultivée qui ne cesse d'apprendre, de communiquer et d'échanger avec son public.

Au-delà de tout cela, cette grande dame semble éperdument amoureuse de la vie. Si je me permets de vous dire cela, c'est parce que c'est ce que j'ai ressenti lors de son intervention au salon BOUCLES d'EBENE en 2015 ?

 

 

Mme Juliette Sméralda
Mme Juliette Sméralda

 

Comment l'ai-je connu ? Par hasard lors du salon BOUCLES D'EBENE en 2015 autour du thème "Beauté et estime de soi". C'est en l'écoutant parler pendant ce salon que j'ai eu envie de me remettre à lire et je l'en remercie énormément !

 

De quoi parle ce livre ? Du binôme cheveu (crépue) / peau (noire). De leur histoire, de notre rapport avec ce binôme et cela que l'on soit aux Antilles ou en Afrique. Il est également question de rapport entre les dominés (comprenez les esclaves) et leurs colonisateurs (les esclavagistes). Comment ce binôme vivait avant l'esclavage, pendant cette sombre période, mais également après l'abolition de l'esclavage.

Pourquoi certains d'entre nous ont-ils tant de mal à se défaire de certaines aliénations mentales, mais également physique. Quel est le rôle de la société actuelle dans cette perpétuation d'aliénation. Les descendants des colons sont-ils uniquement les seuls responsables ou nous, descendants d'esclaves sommes-nous également responsables de ces situations ?

Autant de questions que pose l'auteure et qu'elle explique en détail par la suite. Mme Smérada n'a pas la science infuse, mais son goût, sa motivation et sa passion pour la recherche et la compréhension de certains sujets nous pousse à nous questionner et à en apprendre beaucoup plus que ce que l'on pourrait croire.

 

 

 

Qu'ai-je pensé de ce livre ? Une claque, voilà ce que j'en ai pensé. Ce livre m'a donné une belle claque. Cette dernière était aussi bien douloureuse à supporter qu'agréable à recevoir. Douloureuse, car :

  • j'ai appris tellement de choses sur mon histoire d'Afro descendante que je comprends mieux certaines choses ;
  • je me suis rendu compte à quel point l'Éducation nationale ne nous enseigne absolument rien sur la période de l'esclavage. Il faut que l'on se renseigne soi-même pour obtenir les bonnes réponses et donc comprendre certaines choses, paroles et actes ;
  • j'ai été choquée d'apprendre qu'entre noires il y a toujours ce clivage de la couleur de la peau. Comprenez que dans certaines sociétés, une femme de couleur ébène ou bleue comme l'on dit aux Antilles est considérée comme femme moche, maudite, non mariable, ... Dans ces sociétés, il faut que la femme noire se rapproche le plus possible de la couleur blanche (cheveux et peau). D'où le phénomène de décoloration de la peau ... un virus qui prend racine et pour lequel aucun remède ne semble pouvoir l'éradiquer de manière ferme et définitive ;
  • pour de multiples autres raisons que je vous invite à découvrir par vous-même en lisant ce livre. Je reste persuadée qu'en le lisant, vous apprendrez bien plus que vous ne le penseriez au début. Je pense que tout comme moi, vous aurez également cette envie d'en apprendre encore plus sur notre histoire ... et pourquoi pas de lire d'autres ouvrages de l'auteure.

Ce livre fut agréable à lire, car : 

  • ce livre m'a poussé à me poser beaucoup de questions. Notamment dans la société actuelle à laquelle j'appartiens. Avant la lecture de ce livre, je me qualifierais comme inculte de certains fait qui pourtant se passait sous mes yeux. Cela prouve donc que d'une certaine manière, j'étais également aliéné, sans pour autant m'en rendre compte. Ce livre m'a permis de comprendre certains faits, certaines phrases, blagues, réflexions auxquels j'avais droit ou auquel je participais sans pour autant me rendre compte du mal que cela pouvait provoquer sur autrui ou sur moi directement. En effet, cela était "normal" pour moi ;
  • j'ai également compris l'attitude et les propos de certains de mes proches (famille, amis ou collègues) de couleur noire face à certaines situations. Situations que je défendais, car je manquais cruellement de culture et d'informations, car je ne comprenais pas les raisons et les enjeux ;
  • la claque fut positive, car Peau noire, cheveu crépu m'a donné envie de me documenter (par le biais de films, de reportage, de livres, d'expositions, ...) afin d'en apprendre encore plus sur mon passé et de pouvoir être apte à répondre ou agir en fonction des situations qui se présenteraient à moi.
  • enfin, cette claque fût positive, car je me suis fixé un objectif très personnel le jour ou j'aurais un enfant : participer personnellement et activement  à son éducation Afrocaribéenne.

 

 

Black Power
Black Power

 

Introduction de l'auteure

 

« S’intéresser au binôme cheveu (crépu) / peau (noire) pour révéler les lieux de passage de la domination ethnoculturelle d’un groupe par un autre est dicté par le souci d’adopter – dans le traitement de la problématique complexe de l’imitation et/ou de l’emprunt interculturel – une démarche empirique qui donne à voir l’empreinte, sur le corps et le cheveu des dominés, des modalités concrètes de l’exercice de l’influence des dominants, que l’on aurait objectivement un peu plus de mal à cerner, à travers la seule étude de leur discours.
Outre de devoir s’ajuster en permanence aux évolutions sociales qui s’imposent à eux, les dominés, privés de projet de société et de modèle de développement autocentré, se voient condamner à se remorquer à un développement exogène, qui ne leur laisse de choix qu’entre l’emprunt et l’imitation de traits socioculturels non adaptés à leurs spécificités raciales et culturelles, mais qui les aident cependant à ne pas être exclus de « la marche du monde ».
Aussi, dans les sociétés issues de la colonisation, des phénomènes de mimétisme comportemental et culturel ont-ils vu le jour, qui ont été caractérisés en terme de dénaturation (par rapport aux références raciales et culturelles initiales des populations africaines mises en esclavage ou asservies sur leur territoire même), avant de faire l’objet d’une stigmatisation en termes assez systématique d’aliénation culturelle.
Les études et analyses portant sur cette aliénation ont moins exploré les modalités et manifestations somatologiques (physiologiques) de pratiques esthétiques que l’on n’a pas manqués de qualifier de mimétiques, mais qui ne peuvent s’appréhender hors le contexte de la société de consommation occidentalisée qui s’impose à la planète tout entière, et qui pousse à décloisonner les significations proprement culturelles prêtées à ces phénomènes, sans pour autant les affranchir d’une lecture en terme d’influence de la culture occidentale dominante sur les cultures dominées. »

Tag(s) : #Livres à dévorer !

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